Composer son silence au quotidien


Composer son silence au quotidien

La plupart des gens qui se plaignent du bruit ambiant n’ont jamais vraiment cherché à composer leur environnement sonore de la même manière qu’ils composeraient leur garde-robe ou l’agencement de leur salon, alors que le silence se travaille et se construit avec autant d’intention qu’un intérieur soigné, à travers une série de choix quotidiens qui touchent aussi bien aux trajets qu’aux horaires ou aux objets qui nous entourent. Repenser son rapport au bruit commence souvent par un inventaire honnête des sources sonores que l’on subit sans les avoir choisies, qu’il s’agisse d’une notification qui interrompt une pensée toutes les quelques minutes ou d’un trajet en transport qui impose son brouhaha sans qu’on ait songé à s’en protéger.

Composer son silence suppose ensuite d’accepter que certaines plages de la journée méritent d’être protégées avec la même rigueur qu’un rendez-vous professionnel, en réservant par exemple les premières minutes du matin à un silence total avant que le flux des sollicitations ne commence, ou en choisissant délibérément un trajet plus long mais plus calme plutôt que le chemin le plus rapide mais le plus bruyant. Cette discipline rejoint une intuition que beaucoup d’architectes d’intérieur connaissent bien sans toujours la nommer, celle qui consiste à traiter l’espace sonore d’un lieu de vie avec le même soin que sa lumière ou ses volumes, en pensant les matériaux, les rideaux ou l’emplacement des pièces de vie en fonction de leur capacité à absorber ou au contraire à renvoyer le bruit.

Ce travail de composition n’a rien d’ascétique et ne demande pas de renoncer au monde, il s’agit plutôt d’apprendre à distinguer le bruit qu’on choisit de celui qu’on subit, pour redonner au silence la place qu’il occupe naturellement dans une vie bien agencée plutôt que de le laisser à la merci du hasard.